27 février 2010

Retour sur terre, et sur le quai

Il y a quelques jours, j'ai publié un billet sur l'admiration que j'avais pour Florence Aubenas. J'avais acheté son dernier bouquin, Le Quai de Ouistreham, dont je dégustais chaque mot posé sur le papier avec soin, gonflée d'un sentiment de satisfaction concernant ces journalistes qui vont encore sur le terrain.
Et je pense avoir fait une erreur.
Comme quand on aime un cinéaste, et qu'on est sûr que sa dernière création sera forcément "de la boulette" avant même d'acheter son ticket de ciné.

Depuis, j'ai posé mes lunettes 3D, j'ai regardé plus clairement le contenu, j'ai écouté d'autres points de vue, et, traitez moi d'Eric Besson de la blogosphère si vous le souhaitez (heu non finalement...), mais mon avis a changé. Du moins il s'est nuancé.
Voilà ce que j'en retiens.

J'ai aimé, et je continue :
L'art de l'auteure à manier les mots. Ses descriptions, son style simple et sans fioriture. Des mots de tous les jours choisis avec soin qui brossent un tableau sans prétention. Ce n'est pas de la littérature, mais du reportage en noir sur blanc.
J'ai également apprécié son interêt pour les rencontres, ses discussions avec les vieux de la vieille de la lutte ouvrière sur Caen. On y sent tout le poids d'un passé engagé et le dynamisme d'une quête pour une vie digne. Cela passe bien, intéresse.
Son engagement à corps perdu dans ses sujets.


Je n'ai rien contre :
Le fait que Florence Aubenas écrive sur la précarité alors qu'elle a probablement les moyens de se payer des draps de satins et des vacances à l'ile Maurice avec son statut (ou avec qui elle veut). Je le dis parce que apparemment cela choque du monde qu'une personne aisée se penche sur ce sujet, prenne congé de son quotidien pour aller gouter la vie de gens qui connaissent le sens du mot trimer. Indécence ai-je entendu, arrogance ou encore mépris. Et je n'arrive pas à l'envisager comme tel. La cruelle réalité, c'est que la plupart des reporters, des gens qui rendent compte dans les médias sont tout de même des privilégiés qui ont pu faire des étude, eu accès à une culture générale. Ce n'est pas une obligation, mais c'est souvent le cas. Mais si la quête est sincère, l'envie d'informer au dessus du reste, alors je suis même plutôt heureuse de savoir que certains font le choix de se priver, parfois, plus ou moins longtemps, pour rendre des comptes et nous sortir des docu ou des livres. La façon de s'infiltrer (et de mentir aussi) est discutable certes. Mais Florence Aubenas a montré par le passé que son engagement ne répondais pas à du zèle. Je lui laisse donc le bénéfice du doute sur cette affaire.

Je n'ai pas aimé :
Les raccourcis : des phrases, des détails dont je n'ai pas compris l'utilité, si ce n'est pour appuyer un sentiment de "misère" de la tranche observée. Du lieu aussi. En braquant son oeil sur le monde précaire d'une région comme une autre, "ville moyenne, population moyenne", FA a parfois grossi le trait à tel point que cela peut sembler caricatural. Elle n'a pas brodé sur la dureté des emplois précaires, non. Mais elle a parfois fait le choix d'une description au détriment d'une autre, pour plus d'impact, de choc. Et cela a intoxiqué peu à peu ma lecture. Ainsi Caen et Ouistreham ne sont décrites que sous leurs jours gris, ou étouffants. Il fait nuit, il pleut, il n'y a rien à faire. La réalité est nettement plus contrastée, plus animée aussi, toutes catégories socio-professionnelles confondues(selon un ami bien de là-bas!)
Quant aux travailleurs précaires, ils sont parfois, et par petites touches, affublés de détails, pas franchement utiles mais qui soulignent maladroitement un manque de finesse de leur part : un t-shirt bienvenue chez les ch'tis, la ballade détente au supermarché plutôt que dans un parc (ça bouge on voit du monde, c'est the place to be!) le gout pour les chansons populaires, un maquillage grossier... là également, si je ne pense pas que ce soit inventé, je soupçonne le détail utilisé au détriment d'un autre pour marquer le lecteur. La précarité ça craint vraiment. Et c'est peut-être le soucis. Nous n'en avions aucun doute.
Je voulais lire un récit sur la vraie vie des précaires. J'en ai appris un peu plus que nécessaire.

22 février 2010

toujours plus loin, plus fort, plus vite...

Lundi matin, j'ai soudain une prise de conscience, après mon troisième café (c'est lundi matin, le diesel met un certain temps à chauffer je vous l'accorde). Je suis lue. Pas beaucoup certes, bien loin de détrôner Pénélope ou Simone de Bougeoir dont vous connaissez certainement les sites... Mais mon outil d'analyse m'indique que mes pages ont été vues depuis Paris, Gap, Chartres et même depuis la Californie?? (what's the hell? hello guys!!!). Et le trac s'empare de moi. (d'ailleurs ce truc est flippant, vous pouvez savoir le temps passé sur vos pages, Big brother est parmi nous, et moi je me sens toute nue).
Bref tout ceci pour dire et écrire que je ne suis pas satisfaite. Que vous, même si vous êtes 3 (dont un en Californie, je le répète!) méritez davantage que mes petites pensées qui ne vont pas assez loin. Qui ne sortent pas de leur petit étui. Finalement se mettre la pression a du bon, cela rend un peu plus exigeant.
Donc, croix de bois, j'essaierai désormais d'aller plus au fond des choses, d'y mettre plus de recul ou de critique. Sauf quand il s'agit de mes délires personnels... le blog est quand même là pour ça, aussi. N'hésitez donc pas à réagir.
Bonne lecture et à vite. Et good morning California!

 PS: quelqu'un a-t-il reconnu cette superbe référence dans mon titre?

21 février 2010

Sur le quai

De Florence Aubenas, j'aimerais avoir ne serait-ce que le quart du talent, de la passion, et de l'engagement. La classe devrais-je dire. Car oui, il en faut sacrément, de la classe, pour mettre le pied en terrain miné et en sortir un constat tout en recul et en nuances.
Pour ceux qui ne savent pas de qui je parle, en quelques mots il s'agit de cette reporter, jadis chez Libé, aujourd'hui au Nouvel Obs qui a écrit très justement sur l'affaire d'Outreau, et qui était retenue un temps en tant qu'otage en Irak, parce qu'elle y faisait son travail. Elle informait.
Et dans ce monde où les journalistes sont trop rapidement perçus comme vendus ou manipulateurs (ce même monde où tous les politiques sont des pourris, et toutes les blondes de sacrées idiotes), il est sans doute bon de reconnaitre aussi le travail précis de certains. Ce même travail qui, personnellement m'a donnée envie d'en faire partie, même si je ne prétends pas encore toucher mon but. La route est longue.
Bref, tout ceci pour dire que la dame a sorti dernièrement un nouvel ouvrage, fruit d'une nouvelle investigation et que j'ai bien du mal à décrocher mon nez de ses pages. Et pour cause, le sujet est criant, puisqu'elle raconte a tenté l'expérience pendant 6 mois d'être une vraie précaire. Non non, pas la précaire qui, son diplôme en poche a dû faire un peu la caisse chez Castorama le temps de trouver mieux (hum hum) mais une vraie précaire comme il existe tant en France, de ceux qui n'ont pas de diplôme et  par conséquent de choix étendu, qui connaissent bien les mots "trimer" et "galérer" et qui ne cherchent pas un emploi pour s'épanouir, mais pour avoir un toit. La base quoi.

Le résultat est est touchant car familier. Et loin d'un "chialons dans les chaumières" si cela peut rassurer les récalcitrants. Le récit est une course contre la vie, dans une ville moyenne (Caen) par une femme qui se reconstruit. Comme dit plus haut, la dame n'est pas adepte du style romancé et enrobé. Tout y est simple et posé là, plus Strip-Tease, que Confessions intimes, et les pages qui défilent à vive allure son teintées de d'humanité et d'un regard bienveillant mais objectif sur les recalés de la crise.
Alors bien sûr il s'agit d'une imposture, et les derniers à se méfier peuvent éventuellement dire qu'une fois de plus, un auteur a profité d'une situation réelle pour écrire un livre et gagner en notoriété. Ou pas.
A mes yeux, l'investigation est tout à fait sincère, et le résultat montre une France concrête, à travers des mots. Depuis le quai de Ouistreham, aucun doute, Florence Aubenas s'est plongée en immersion.

Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas, Editions de l'Olivier

14 février 2010

Hymne à l'amour... de tous les jours.

Qui dit Saint-Valentin, dit aussi  petites attentions, romantisme, promesses crèmeuses... Chose étrange pour fêter un Saint qui est mort martyrisé, et qui se préoccupait moyen de recevoir une boite de chocolats liquoreux, soit. Mais c'est légion : à cette date nous fêtons l'amour.

Pour ma part, Saint-Valentin rime surtout avec cafard.
Et avant que vous ne m'imaginiez en vieille fille aigrie, enroulée dans son chale et carressant sa trentaine de chats, j'ai envie d'utiliser cette fameuse phrase "ce n'est pas du tout ce que vous croyez!".
Evidemment j'ai déja fêté la Sans Valentin (je suis aussi humoriste à mes heures), en levant un poing rageur et militant pour que le célibat soit perçu aussi comme une période de liberté, pas seulement de dépit.
Mais la vérité à ce jour, c'est que je pense être une amoureuse, -de mon homme, de mes amis, de la vie- (et là je suis sobre, imaginez sous LSD...) et que cette idée de nommer un jour pour se déclarer me dérange. Comme toutes ces déclarations voyantes et dégoulinantes sensées figurer qu'on est là, qu'on est animé d'un sentiment fort.
Or, pour moi les plus jolies déclarations se font plus dans le quotidien que dans l'effort d'un jour. Comme le dit si bien un chanteur que j'affectionne, je trouve plus d'amour dans un "à tout a l'heure" que dans une carte à message, plus de poésie dans l'association de nos deux noms sur la boîte aux lettres, que dans une boite de chocolat... plus d'attention quand il pense à me ramener le journal, qu'un bouquet de fleurs. Je suis comme ça. Je prefère les gestes du quotidien, et connaitre ce qui fera sourire mon soupirant un 14 févirer comme un 20 juin, comme un 8 novembre. Je ne suis peut etre pas la seule.
Car finalement le 14 février, comme dirait George, Cupidon s'en fout. Je suis bien d'accord.

05 février 2010

Une affaire de mental...

Les Américains ont ceci d'énervant qu'ils sortent de nouvelles séries tous les 3 jours, pas forcément portées par une idée originale, (combien se passent dans des hopitaux? combien parlent de colocation??) mais qui frappent toujours juste. Dernier impact en date, mercredi soir, à la nuit tombée.

Je ne m'attendais à rien, sauf à m'assoir dans mon canapé, quand une sorte d'ange à la crinière miel mini vaguée a surgit dans mon écran, un sourire carnassier aux lèvre, sous le doux nom de Mentalist. Et j'ai quasiment honte de dire ça, mais ma première impression a été celle d'une collégienne découvrant ses hormones avec une seule phrase en tête qui comportait le mot "manipulation".

Mais, n'ayant plus 15 ans et demi, j'ai su me reprendre, et scruter ce nouveau phénomène (carton de la saison dernière aux Etats-Unis) avec le recul d'une professionnelle de l'esprit critique. Hum. Et c'est donc, sans rougir que j'ai découvert les failles de ce nouveau missile de TF1 sur une nouvelle équipe de flics de choc. Car failles il y a.

Déjà, le protagoniste, Patrick Jane, joué par le certes charmant Simon Baker a une fâcheuse tendance à sourire a tout-va dès qu'il apparait. Trop, en fait. Et qu'on se le dise, à part pour David Guetta, il est humainement impossible de se servir tant de Ses muscles faciaux, sous peine de sérieuses et inesthétiques crampes. Bref, ça sent l'accroche de la ménagère à plein nez.

De deux, qui peut croire à cette histoire d'écorché vif, qui semble n'avoir été posée là que pour apporter un peu de profondeur au personnage? Patrick, je vous le rappelle, cerveau de son équipe d'enquêteurs, se remet d'un double meurtre sauvage lui ayant ôté sa femme et sa fille. Plus glauque, y a pas.
Or, le blondinet donne davantage l'impression de sortir de 2 heures de spa à tout moment de la journée et trimballe l'enthousiasme d'un étudiant avant sa cuite du jeudi soir. Et quand il parle, enfin, de son drame intime "oui ma fille aussi a été tuée", comme un rappel dans le scénario, c'est tout juste si le traumatisme à l'air aussi grave qu'un pneu crevé la semaine dernière. A côté de Dexter, Patrick est un bisounours.

Enfin, (et là, scandale) Mentalist copie totalement le schéma d'une autre série à succès : si je vous dis une équipe, composée de 3 ou 4 brillants experts qui suivent les procédures classiques pour aboutir à un résultat (la résolution d'une énigme) et dont le cerveau est un homme, seul et complexe, qui emploie des manières peu orthodoxes, pour évidemment toucher du doigt la fin le nœud du problème ..? Vous me dites? Mr. House évidemment. Et quand on touche au docteur House, je dis qu'on est mal parti pour me plaire...

Et pourtant.
Et pourtant je me suis enfilée les trois épisodes intégralement sans bouger un orteil de mon canap.
Et j'ai trouvé ça bien ficelé, sans perte de rythme, et parfait pour un mercredi soir.
Sont quand même très forts ces ricains.

03 février 2010

Sous les voiles des filles

Délicate tribune que celle ouverte contre la niqab (soyons précis déjà, la"burqa" est un voile intégal "grillagé" là où la niqab laisse une ouverture pour le regard ) depuis son interdiction dans les lieux publics établie le 26 janvier.
Délicate oui, car il semble parfois glissant, ce discours teinté de valeurs républicaines. Le jugement se doit d'être subtil et clair. L'est-il? Juge-t-on aujourd'hui la perte de liberté de ces femmes? Les aide-t-on? Ou touche-t-on à un cil de cette religion qui fait peur sur ce sol, à l'aube des régionales?

J'ai tenté d'écrire plusieurs fois sur le sujet. Et autant de fois je me suis heurtée à ce problème de jugement dans lequel je crains de gaffer, ne connaissant pas parfaitement la culture islamique. Or, j'ai un profond respect pour les religions et la spiritualité de chacun, si elle est choisie et personnelle. J'en ai nettement moins pour les dérives et la perte d'identité.

Alors j'ai décidé de laisser écrire ici non pas la journaliste, qui manquerait de matière, mais la personne qui tente d'acquérir des droits et une place dans une société. Et qui ne comprend pas, et s'inquiète pour ces 1.900 femmes voilées. Un chiffre. Peu et tant à la fois.
Ainsi près de 2.000 femmes (officiellement) cachent leur corps, leur démarche, leur visage aux yeux des autres. Autant dire qu'elles camouflent ce qu'elles ont, ce qu'elles sont, ce qui leurs confèrent une identité propre. Elles s'effacent, deviennent fantômes.

Et je prends peur.
Non pas des fantômes qu'elles sont et qui ne méritent aucunement l'agressivité à laquelle elles font face courageusement. Mais peur qu'aujourd'hui, des femmes fortes, à la volonté palpable puissent se penser comme coupables d'être femme. Coupables d'attiser le regard par le simple fait d'être, coupables que leur silhouette puissent provoquer de la convoitise. Coupées du monde.
Certaines tiennent également à se racheter en revêtant cette muraille, d'un passé sulfureux. Qu'ici nous traduirions simplement d'indépendance. Et je reprends un coup de peur.

Et enfin et surtout, peur, qu'avec une telle loi, certes nous ne nous poserons plus ces questions car nous ne verrons plus ces voiles, ces niqab, mais nous oublieront que 1.900 femmes seront probablement cloitrées cette fois derrières d'autres murs. Ceux de leur logement.

02 février 2010

Préservons nos zones humides!

Baissez ce sourcil circonspect.
Au rang des causes à défendre le poing levé, certaines peuvent encore manquer de visibilité et par conséquent surprendre. Nul doute que les tests sur animaux ou l'enfance maltraitée interpellent toute personne douée d'un soupçon d'humanité. C'est bien.
En revanche, il est plus rare d'entendre dire "moi, je m'engage dans les zones humides" sans passer pour un adepte du porno écolo-hippie.
Et pourtant. C'est bien là mon combat du jour.
Car le sujet de protection des zones humides qui composent notre environnement ( haaaa c'est donc ça!) est non seulement franchement d'actualité, mais de surcroit sérieux. Du moins assez pour avoir sa propre convention internationale depuis 1971 établie à Ramsar en Iran, ainsi que sa journée mondiale. Le 2 février donc.
Et la lutte est loin d'être gagnée.
Les zones humides, tout le monde connait, ce sont tous ces plans d'eau, stagnante ou courante, douce ou salées y compris des étendues d'eau marine dont la profondeur à marée basse n'excède pas six mètres, selon la définition de droit international. Plus simplement, autant dire que ce sont tous les endroits ou nous cohabitons avec nos chers amis les moustiques. N'empêche, rien qu'en France, en 30 ans, le territoire a perdu 50 % des ses zones essentielles à la biodiversité, au profit des irrigations, de la pollution, des assèchements. Et 50 % ça signifie des oiseaux, de la faune et de la flore à l'agonie. Et tout un équilibre qui devient bancal.
Alors à ce titre il me semblait important d'en dire un mot entre deux post plus funky.
Comme ça, parce que j'ai un petit côté vert et qu'aujourd'hui ce n'est plus une coquetterie ou un signe de snoberie. C'est essentiel. Car comme chacun sait "quand ça sèche, ça finit par faire très mal... à la planète".
Je vous laisse méditer.